Half Iron du Semnoz à Rumilly le 20 mai

8h00 nous arrivons mes filles et moi au plan à Rumilly. Rituel chaque année pour les enfants, ça fait 4 ans que Flora fait l’épreuve et ma maman se joint toujours à nous.

Nous sommes arrivées plus tôt pour voir les jeunes du club qui courent sur le XS. Le départ de leur épreuve est à 9h00. Le temps que tout le monde se prépare, un ou deux conseils et ils sont partis.

10h00 ouverture du parc à vélo pour les poussins et pupilles. Flora et Jade sont super autonomes. Le temps que je termine avec les jeunes du XS, elles étaient déjà devant le parc à vélo avec leurs affaires. Elles connaissent le rituel.

Je me presse pour préparer mes affaires. L’ouverture du parc à vélo pour le Half est en même temps que le départ pour les jeunes. Faut pas que je me plante dans le timing.

10h45 départ de mes crevettes. Ces petits bouts de chou sont tellement mignons à courir dans l’eau pour venir à bout de leurs 100m de natation. Ce que j’adore dans ce type d’épreuve, c’est de voir les parents courir de tous les côtés. Je savais que ça allait m’arriver et que ça allait faire mon échauffement pour plus tard.

Mes filles ont passé une semaine assez dure. Les voir s’amuser aujourd’hui me fait du bien. Vu leur âge, leur petite taille (et oui les chiens ne font pas des chats), je les trouve super courageuses de faire leur épreuve sans sourciller.

Une fois leur ligne d’arrivée passée et des bisous de finisher donnés, je file poser mon vélo au parc.

Je savais que j’avais oublié un truc en m’installant. Ben oui mes chaussettes. Allez hop, un petit sprint près du QG pour continuer mon échauffement.

Cette fois c’est bon, je peux enfiler ma combi. Ma petite maman me fait une tresse haute en souvenir du bon vieux temps et accessoirement pour ne pas avoir des cheveux de partout.

Je file à l’eau tester la température. Je croise Vincent M de mon club, il m’aide à fermer ma combi. Ils sont nombreux cette année au club à faire l’Alps Man et certains sont venus faire leur fameux half 3 semaines avant le Iron içi.

11h40 briefing de course. Les filles sont placées à gauche des flammes de départ et du coup décalées de la première bouée, ça va taper mes lapins !!!

 

Natation :

11h45 le départ est donné. C’est parti pour 1400m de natation. Bon ben, heureusement que j’ai fait pas mal d’éducatif en nat. Le grand chien ça me connait, pas besoin de mettre la tête sous l’eau. En plus, je ne me fais pas taper. De toute façon, y’a pas la place de nager. Je vais prendre mon mal en patience. Passée la deuxième bouée, je pense à Ironwife car je me surprends à chanter « Chantent les sardines, Chantent les sardines… ». Allez j’arrête mes conneries car comme j’ai des soucis de respiration ces temps-ci, ça me comprime encore plus la poitrine de m’imaginer dans une boite de sardine, c’est pire. Même si ça y ressemble, je change d’état d’esprit.

Les moments où il n’y a pas trop de monde, je me sens bien. Je trouve super chouette le triathlon. Ces trois disciplines tellement différentes mais tellement complémentaires.

Je n’ai pas trop nagé ces temps-ci vu les douleurs aux épaules qui me gêne. J’ai fait ce que j’ai pu avec mes petits acquis dans la discipline.

Ces temps-ci, j’ai l’émotionnel un peu à vif et cela me raccourcit la respiration. Cela me crée pas mal de douleurs au niveau des muscles respiratoires et me tire en haut des épaules. J’ai fait du yoga et de l’acupuncture pour aider. Mais c’est la mise en pratique au quotidien des exercices de respiration qui aidera.

Et avec ça, j’ai pas trop nagé quoi. Histoire de me trouver des excuses.

Les 400 derniers mètres de nat se passent avec Jérôme (de mon club). Je reconnais sa combi. Il est sur ma droite du côté de ma respiration. Rhhoo… Mais il ne va pas se décoller. Et en plus cette fille à gauche qui me pousse. Je tente d’accélérer sur la fin mais il a la même idée que moi. Je suis coincée entre les deux. Et hop, Jérôme me file une beigne dans la figure…

Transition 1 :

Allez, je sors de l’eau regarde ma montre. 30min pour 1400m c’est pas terrible mais je ne m’attendais pas à mieux vu la bagarre et vu que je n’ai nagé qu’une à deux fois par semaine.

Je cours sur le tapis bleu, enlève mon bonnet, tombe mes lunettes, fais demi-tour pour les récupérer, et la bagarre avec ma combi commence. Il est bien connu que certains vêtements rétrécissent comme par magie quand on prend un peu de poids, ben vous savez quoi ça marche aussi dans l’autre sens. Comme par magie, mes manches sont plus longues ! J’ai bien du mettre 2min à me sortir de cette camisole de force.

Je retrouve mon vélo 6 rangées de vélos plus loin et tout au fond. Il est rose fluo, on le voit de loin normalement. Je mets mon casque, mes lunettes, enfile le haut de ma tenue avec mon ravito dedans et surtout mon coupe-vent, mets mes chaussures, j’attrape mon vélo et c’est parti.

 

Le vélo :

Je saute sur mon vélo et prends un gel de suite. Je suis les conseils de Fred et de Jean-Lou, il faut vite se refaire. La natation puise un peu quand même.

71kms avec 1585m de d+ m’attendent et surtout c’est pour lui que je suis venue aujourd’hui : Le Semnoz !

Les 20 premiers kms vont être en faux plat montant ou légère montée pour nous emmener à Quintal. Je vois que tous nous nous gérons, je n’en vois aucun faire le kéké et mettre une mine aux autres. Il ne va pas falloir griller des cartouches par içi.

Quintal, ça y est les choses sérieuses vont commencer. 11kms d’ascension de ce col classé Hors catégorie par le Tour de France.

Jean-Lou m’a fait le détail km par km afin que je puisse me l’imager et gérer mon effort

Il m’a bien décrit la sortie de Quintal à 11,5% de moyenne. Le deuxième km à 9% ; le troisième à 10,5%, le quatrième à 11%, replat au km5, les parties entre 8 et 9% dans la forêt et la sortie de forêt.

J’ai de quoi faire, je sais que je vais y passer un peu plus d’une heure.

C’est super dur au début de trouver mon rythme. Mes jambes me tirent déjà. Il y a quelques concurrents autours de moi, mais le souffle hyper fort de leur respiration ou la cadence différente de la mienne me perturbe. Il me faut un moment pour me mettre dans ma bulle et être centrée dans mon corps.

Y’a un gars en danseuse. Rhhooo… Il m’énerve. Il me perturbe trop. Je le vois souffrir, j’ai mal pour lui. Je lui dis : si tu fais tout le col en danseuse, tu seras mon héros !

Il me répond qu’il n’a pas le choix. Il n’a pas dû lire le règlement de la course….

Il est clairement écrit :

Attention, il ne s’agit pas d’une promenade, mais bel et bien d’un véritable col classé «hors catégorie» du tour de France, qui s’abordera avec humilité, sagesse et entraînements

 

 Il va de soi qu’il n’a pas le bon braquet. Allez, je tente, je redescends 2 vitesses et je me mets en danseuse pour le doubler. Je reprends mon rythme après. C’est hyper dur de ne pas se laisser distraire par la fréquence ou la souffrance des autres.

La petite partie colérique est passée, je peux enfin m’en prendre qu’à moi-même d’être içi. Et là, je me demande si ça va le faire pour l’Etape du Tour et pour les autres courses à venir…

Je me change les idées autrement car je sais que les pensées négatives tirent vers le bas. Je me concentre sur ma respiration et sur les techniques de yoga respiratoire.

La vue est magnifique, on monte et vite. Ça file le vertige par moment. La vue est sublime, les arbres se font de plus en plus rares.

Je sais que sortie de la forêt, je peux relancer un peu. Je me sens bien, j’appuie sur mes pédales, j’aurais la descente pour récupérer. Je me sens super bien. Je vole !

J’arrive au ravito. J’enfile mon coupe-vent, il fait frais. Je bois un verre de coca et file. Un gamin me tend une compote que j’avale en une bouchée et la jette au vol pile dans le panier. Ça aura fait la joie de ce gamin d’ailleurs qui a dit : trop forte !

Dernière petite montée, je regarde autour de moi. J’ai une grosse pensée pour les gars qui vont bientôt faire l’Alps Man. Je les imagine passer sous l’arche d’arrivée par içi. J’en ai les larmes aux yeux.

En attendant, c’est de mon ascension que je suis contente. Et une pancarte de col de plus à ma collection !

On nous avait annoncé les deux premiers kms de descente dangereuse. Ben oui, la route est pourrie ! Y’à des gros nids de poule. Sinon la suite se déroule bien. Je me rappelle que Fred m’a dit : « ce n’est pas parce que ça descend que tu dois te laisser aller, tu peux vite perdre du temps. » Déjà que je ne suis pas très rapide en descente ce n’est pas le moment de perdre trop de temps.  J’en étais à 2h05 de vélo en haut du Semnoz. Jean-Lou évaluait mon temps vélo à 3h00. Il me reste 1h00 pour faire 40km, c’est chaud patate.

Surtout quand en rejoignant la vallée près du pont de Brange tu sens un bon vent de face. J’ai le moral dans les chaussettes (même si je n’en ai pas). J’ai passé le col qui était mon seul objectif de la journée, je ne trouve rien qui me motive là. Je serais presque prête à abandonner en posant mon vélo. Je pense à mes filles. A leur chanson du moment. Et je me mets à chanter (dans ma tête !). Ouais ça fait bizarre de chanter une chanson de Maitre Gims et de Vianney mais imaginer mes filles la chanter dans la bonne humeur me réchauffe le cœur. Alors je chante ! ça fait passer le mal de cuisses avec ce terrible vent de face.

Passée la dernière bosse de Cusy, ça descend jusqu’à Rumilly. Je tourne bien les jambes pour drainer un peu et préparer ma course à pied.

Je pose mon vélo avec un temps de 3h06 (3h09 annoncé sur mon temps mais avec la transition). J’y étais presque Jean-Lou.

Transition 2 :

Descendre du vélo avec les pieds gelés et les cailloux au sol sont hyper galères.

Je ne sais plus où sont mes affaires. Tout a volé dans la bagarre. Je ne me rappelle même plus de mon numéro de dossard. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait ma blonde, tiens donc. Après avoir tourné un moment, je retrouve mon emplacement. J’enfile chaussettes et baskets, enlève le casque et l’échange contre la visière.

Course à pied :

C’est parti pour 18kms de course à pied.

Fred m’a dit de ne pas partir trop vite. Je regarde ma montre, ben oui je vais ralentir un peu sinon je ne vais pas tenir.

Je pars machinalement. Je ne trouve pas un grand intérêt de finir cette course à pieds  je vous avoue. Cette course n’est pas un objectif pour moi. C’est mon 9ème half. Est-ce que je commence à me blaser ? J’ai l’impression que lorsque je n’ai pas de défi, je ne suis pas animée de l’intérieur.  Je cherche quelque chose en moi, quelque chose qui va me porter à travers cette course, qui va me donner envie de me dépasser.

Je pense à mes filles. A ces choses difficiles qu’elles vivent aujourd’hui. Je me sens torturer entre l’impuissance de la maman que je suis et tous ces outils que je peux leur transmettre afin de remplir leur boite à outils spéciale pour affronter la vie comme je leur dis. Je me dois de leur prouver qu’il ne faut pas baisser les bras dans la difficulté. Ça me fait courir. Je ne vois pas les kms défiler.

Je termine ma première boucle avec les encouragements de mes filles et de ma maman.

Je me sens bien. J’essaie de me concentrer sur ma technique de course : me grandir, monter les genoux… Je sens bien mes quadri dans les descentes. Ce parcours est bien casse pattes. Je ne peux pas trop relancer dans les descentes pour gagner du temps, ma respiration est trop courte et ça tire sur mon diaphragme. Tant pis, j’essaie de ne pas m’endormir dans les montées.

J’ai croisé les gars. Les allez retours nous font voir du monde. Je vois qu’ils terminent leur course.

J’ai passé le dernier demi-tour. J’y suis presque. Je pense fort à mes filles, je suis portée.  J’arrive le long du lac, l’arrivée n’est pas loin. J’accélère un peu. Comme le disaient les bénévoles des ravitos : Donnez tout, vous pourrez faire la grasse mat demain !   Alors, j’accélère encore.

J’aperçois Jade, je lui dis de venir avec moi. On se tient fort par la main, elle me regarde avec tellement de fierté. Si elle savait que c’est grâce à tout ce qu’elle me donne que je suis là.

On passe la montée et on franchit la ligne d’arrivée en 5h29 !

Je la serre fort dans mes bras et en bonne gourmande nous allons au ravito.

 

Malgré les distances écourtées de cet half Iron, il ne faut pas sous-estimer la difficulté de l’épreuve. Elle n’est pas facile et le niveau est bien relevé.

Je termine 15ème fille et 4ème de ma catégorie.

Je suis contente de ma course à pied que j’ai effectué en 1h44. Merci Fred, j’suis  bientôt une gazelle (enfin…presque).

Merci Jean-Lou même si le plus dur reste à venir.

Je dédie cette course à mes filles. On va la remplir cette boite à outils, je vous promets.

 

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